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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 07:00

  Assez jeune, une petite boucle à l'oreille, un physique plutôt rond accentué par le tablier rouge noué juste sous la taille, mon boulanger a l'habitude de me voir entrer dans sa boutique sur le chemin de l'école, accompagnée, selon les jours, d'un, deux ou trois enfants et d'une poussette.

  Chaque fois qu'il m'arrive d'acheter du pain, je hisse la poussette sur les marches, je franchis la porte à ouverture automatique, je jette un coup d'oeil à l'étalage pendant que le boulanger s'approche derrière le comptoir, « Bonjour, je voudrais un pain de campagne tranché s'il-vous-plait », je rejoins la caisse, sort mon porte-feuille, attrape le sachet de pain, range ma monnaie, dis « au revoir ».

  Et chaque fois, depuis plusieurs mois, le boulanger me répond « au revoir » et, tandis que je me dirige vers la sortie, me lance en souriant d'un air compréhensif :

« Bon courage ! »

  Je suppose qu'il considère que le nombre d'enfants dont je suis affublée en exige beaucoup. J'ose espérer qu'il ne me trouve pas l'air particulièrement épuisé et négligé – je vous assure que même avec trois enfants je trouve le temps de dormir la nuit et de me coiffer le matin. Mais comme je suis d'un naturel plutôt bienveillant et optimiste, je n'ai jamais tellement pris ombrage de cette interjection pourtant insolite de la part d'un commerçant.

  Néanmoins, la dernière fois, celui-ci a franchi une nouvelle limite.

  Comme d'habitude, je suis rentrée, tenant un enfant dans une main, la poussette vide dans l'autre, j'ai franchi les marches, jeté un coup d'oeil à l'étalage. J'ai vu le boulanger saisir un pain, le trancher dans sa machine, le glisser dans un sachet, avant de se diriger vers sa caisse. Un peu interloquée, car j'étais la seule cliente présente, j'ai fini par comprendre qu'il n'avait même pas attendu de me demander ce que je souhaitais avant de me servir.

  Sous le coup de la surprise, j'ai vérifié « Un pain de campagne, c'est ça ? », il a répondu par l'affirmative, j'ai sorti mon portefeuille, attrapé le sachet, rangé ma monnaie, et je suis sortie en disant au revoir.

  « Bon courage ! » a-t-il lancé en souriant comme d'habitude.

  J'ai peut-être l'esprit de contradiction, mais je crois bien que la prochaine fois je prendrai une baguette.

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Published by Albane - dans Toutes
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commentaires

Nais' 19/07/2012 11:55

Eh bien quelle preuve de compassion ! Je déteste les gens qui croient tout comprendre comme ca, c'est agacant

Albane 21/07/2012 10:02



Oui, c'est un peu agaçant, je suis bien d'accord.



Stelda 10/04/2012 21:01

Ne te plains pas, ma boulangère et perverse : elle gave les enfants de bonbons et du coup, ils veulent s'arrêter chez elle chaque fois qu'on passe devant sa boutique (certains diront qu'elle est
bonne commerçante, moi je la trouve vicieuse).

Albane 11/04/2012 20:07



Je suis d'accord, c'est carrément vicieux...



Stiop 09/04/2012 20:09

J'ai trois enfants aussi et, bizarrement, personne ne m'a jamais souhaité "bon courage". Sans doute n'est-ce réservé qu'à nos méritantes mamans ?

Albane 09/04/2012 20:16



Etrange. Ca me rappelle qu'un pédiatre à la maternité, après la naissance de mon troisième enfant, m'a dit "Donc vous avez quatre enfants ?" "Non, trois" "Oui, mais ça fait quatre avec votre
mari". Vu comme ça...



La belette 09/04/2012 19:25

La prochaine fois, tu dis "c'est moi qui vous souhaite bon courage" (gniac gniac).

Albane 09/04/2012 20:15



Avec un petit air cruel.



Ginger 09/04/2012 15:44

Tu as encore de la chance qu'il tolère ta présence dans sa boulangerie dis-moi !

Albane 09/04/2012 20:14



Non, au contraire le problème c'est qu'il veut me montrer sa sympathie, mais la méthode me parait un peu cavalière. Je préfèrerais qu'il m'offre un éclair au chocolat ou une tarte au citron de
temps en temps.



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  • : La trentaine, mariée, des enfants, une vie tout à fait banale en somme. Sauf que, aussi banale soit elle, la vie nous réserve toujours de pittoresques surprises. Une conversation, une gaffe, une confidence, une rencontre, une anecdote... ce sont ces faits saillants de la vie de tous les jours que je me décide à mettre par écrit.
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