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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 19:49

  Nous participons tous à la conspiration. Nous l'avons subie enfants, puis, lorsque nous devenons adultes à notre tour, nous l'infligeons à notre progéniture, et c'est ainsi depuis des générations.

  Un beau jour de la vie de notre enfant, nous décidons arbitrairement qu'il est temps qu'il rejoigne le système scolaire. Il a deux ans, trois ans, parfois plus, et nous le confions, pour son bien évidemment, aux bons soins d'un enseignant, d'un établissement, d'un directeur d'école. Bien-sûr, nous n'en sommes pas sortis depuis si longtemps et il nous en reste de nombreux atroces souvenirs, mais, pour la plupart d'entre nous, il est hors de question de soustraire nos enfants à ce système qui nous a fait tant souffrir.

  La conspiration est bien rôdée. Les premières années, l'enfant peut croire sincèrement qu'il rentre dans un paradis plein de jouets, de coins cuisine, de pâte à modeler et de tapis de voiture. L'enseignante est douce et gentille, on dirait un peu une maman. Il pourrait commencer à se méfier lorsqu'on lui demande de reconnaître son prénom ou qu'on lui colle un crayon entre les mains, mais en général il se laisse pitoyablement prendre au piège, naïvement fier de toutes ses découvertes et de tous ses progrès. Les premiers jours lui coûtent souvent, il entre en larmes dans sa classe, mais tout le monde, absolument tout le monde, lui répète qu'il va vivre quelque chose de formidable. La maîtresse le prend par la main, lui présente les trésors de sa caverne d'Ali Baba, sa maman l'abandonne en prétendant qu'il va bien s'amuser, se faire des tas d'amis, et se garde bien, si nécessaire, de cacher les larmes qui lui viennent. La directrice ferme les portes de l'école à double tour et passe d'un air suave s'assurer que tous ces petits s'adaptent bien en leur promettant un bonheur éducatif sans limite.

  Évidemment, par la suite, les choses se corsent. Petit à petit, année après année, les coins poupées et autres jouets disparaissent, remplacés par les pupitres rigoureusement alignés, les appréciations du style « bravo tu as réussi !» se convertissent en chiffres, le cahier de vie en carnet de notes, les récréations raccourcissent, les devoirs du soir font leur apparition, les punitions tombent, les enseignants deviennent de plus en plus nombreux et de plus en plus rébarbatifs. Le pays des merveilles s'effrite, et en quelques années l'école dévoile son vrai visage passablement rebutant. Mais il est trop tard, l'enfant est pris dans le système, et il ne lui reste plus qu'à franchir un à un les échelons qui le séparent de la fin de ses études – pour tomber dans le monde professionnel, peut-être encore plus exécrable, mais ne changeons pas de sujet.

  Nous parents, sommes donc les complices de cet état de choses et comptons sur les enseignants pour adoucir les premières années scolaires de nos enfants.

  Jusqu'à un certain point malgré tout.

  Hier matin, de retour de l'école, notre grand élève de moyenne section me demande si je souhaite écouter la poésie qu'il vient d'apprendre –  en réalité les deux premiers vers, il se trouve qu'il a oublié le reste. L'air attentif et fier, pénétrée de ma responsabilité de mère conspiratrice, je me penche légèrement pour entendre le début de ce magnifique poème.

« Si je restais tout le temps à la maison,

Je n'apprendrais rien du tout »

  J'avoue que je suis restée assez abasourdie. J'avais pourtant la vague impression que son père et moi nous avions tant bien que mal appris deux ou trois toutes petites choses à notre fils. Marcher, parler, dire merci, bonjour, enfiler un manteau, tenir un crayon, faire du vélo, partager ses jouets, réciter l'alphabet, compter, connaître les couleurs, les saisons, et encore quelques insignifiantes futilités.

  Faire croire à l'enfant qui rentre à l'école qu'il fait ses premiers pas dans un monde merveilleux, c'est un mensonge nécessaire, certes. Mais tout de même, lui laisser penser qu'il n'a rien appris chez lui auprès des ignares qui lui servent de parents, c'est peut-être pousser la propagande un peu loin, non ?

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Published by Albane - dans Toutes
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commentaires

virginieQ 22/09/2011 21:33


elle est frustrée son instit?


B-A-BA 21/09/2011 23:12


L'école sert peut-être à désapprendre les diverses mauvaises éducations parentales ?


Albane 22/09/2011 09:37



Non mais dites, oh !



Ginger 21/09/2011 22:54


Ah ah, ça doit bien calmer son parent d'élève ça ! (un peu aigrie la maîtresse ?)


Albane 22/09/2011 09:37



Oui, ça calme. Mais en fait je ne sais pas de quelle maîtresse il s'agit, vu qu'il y a deux mi-temps. Il faudra que je demande à fiston.



Madame Sololine 21/09/2011 22:06


Et pourtant, on bosse à l'éducation nationale, on est par nature pas pour la révolte des parents. Mais enfin là, c'est parfaitement honteux.


Albane 22/09/2011 09:36



Je vais commencer par attendre de récupérer le cahier de vie, peut-être que fiston n'a pas tout compris au poème... mais sinon, je suis d'accord, c'est assez choquant.



Madame Sololine 21/09/2011 22:05


Et d'ailleurs, Monsieur Sololine est d'accord avec moi : si j'étais toi, j'irai largement me plaindre de ce début de poème absurde. C'est vraiment inadmissible.


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